Menu

Cinq féminicides au Québec pour amorcer l’année : « il y a quelque chose qui ne fonctionne pas »

Écrit par Emma Jaquet - CIHO FM Charlevoix - IJL Date : 28 jan. (4H40)
À la une
Le comité Les Voix féministes de Charlevoix manifestera pacifiquement jeudi midi à Baie-Saint-Paul et La Malbaie pour une première fois de l’année afin de dénoncer les cinq féminicides qui ont eu lieu au Québec en à peine un mois.

Une situation qualifiée de « crise » par la directrice générale de la Maison d’hébergement La Montée, Isabelle Caron qui s’inquiète de la recrudescence des meurtres de femmes par un conjoint ou un ex-conjoint.

« On ne peut pas le traiter comme une suite de drame. Ce que ça nous dit collectivement […] c’est qu’il y a quelque chose qui ne fonctionne pas », estime Mme Caron :

« Les ressources sont là pour protéger les femmes avant que la violence explose alors il faut les utiliser », tient à préciser Isabelle Caron.

Plusieurs mythes sont encore ancrés dans nos sociétés, estime l’intervenante ajoutant que la responsabilité repose trop souvent sur les épaules de la victime. Selon la directrice générale de la Maison La Montée, certaines femmes en viennent à douter de la gravité des gestes commis par un partenaire lorsqu’elles ont subi graduellement toutes formes de violence. « Le discours qu’on entend, c’est que ce n’est pas si grave que ça, parce que j’ai encore des zones de pouvoir dans la relation et c’est moins pire, je ne vis pas de la violence physique », illustre Isabelle Caron.

Elle estime que la violence conjugale est une problématique de société. « C’est collectivement. Même si on parle d’une relation de couple, une relation amoureuse, c’est une problématique qui est sociale. Ça nous concerne tous », fait-elle valoir :

« Quitter une relation empreinte de violence conjugale, ça se prépare et ça se réfléchit parfois très longtemps d’avance. Ça ne se fait du jour au lendemain. […]. D’être accompagné par […] quelqu’un qui est spécialisé en violence conjugale […], déjà c’est un premier pas », explique Isabelle Caron. « C’est super important. C’est justement lors de la rupture qu’on voit que les crises de féminicides surviennent », ajoute la directrice générale de la Maison La Montée.

Isabelle Caron reconnaît que l’aspect de petite communauté, la crainte de nuire au conjoint, la plainte policière sont des éléments qui peuvent freiner une victime à dénoncer. L’intervenante rappelle que les services d’aide sont confidentiels et qu’une victime n’est pas obligée de donner son nom. Les proches d’une femme peuvent également appeler des organismes pour prendre des conseils.

Une année occupée pour la Maison La Montée

La Maison d’hébergement La Montée a connu une année « bien occupée ». L’équipe a restructuré le service de 2e étape pour les femmes qui ont besoin de résider dans un endroit sécuritaire sur une plus longue période.

Le service de 1re étape est toujours disponible pour celles qui ont besoin d’un hébergement sur une courte durée.

Isabelle Caron plaide pour la criminalisation du contrôle coercitif, ce que le gouvernement fédéral s’apprête à faire, un rehaussement du financement des maisons d’hébergement et la sensibilisation dès un plus jeune âge.

Les organismes de femmes se regrouperont aussi ce jeudi pour une action de visibilité de 12h15 à 12h45 à l’angle des rues Bellerive et Saint-Étienne et à Baie-Saint-Paul à l’angle des rues Forget et René-Richard. Isabelle Caron invite d’ailleurs les citoyens et les élus à se joindre au mouvement. « On veut envoyer un message clair et fort comme quoi dans Charlevoix, on ne tolère pas les violences faites aux femmes et que 5 meurtres de femmes par leurs conjoints ou ex-conjoints, c’est inacceptable. Il faut que ça change », conclut-elle.

Pour joindre la Maison La Montée : 418-665-4694

SOS violence conjugale : 1 800 363-9010

PHOTO – Isabelle Caron à une manifestation contre les féminicides, décembre 2024 – CIHO FM Charlevoix