Le projet éolien n’a « plus aucun impact sur l’habitat essentiel du caribou »
Date : 5 fév. (5H00)
Il s’agit de la conclusion exacte des professeurs Daniel Fortin, et Steeve Côté, professeurs titulaires au département de biologie de l’Université Laval et spécialistes du caribou, qui ont conclu « que l’habitat dans le secteur du projet est inadéquat pour contribuer au rétablissement de la population de caribous de Charlevoix, et ce, avec ou sans le projet éolien ».
Un chemin forestier construit indépendamment du projet par le Séminaire de Québec a finalement entraîné la disparition de cette superficie d’habitat essentiel, menant au constat partagé ci-haut.
On indique d’ailleurs que cette zone « n’était déjà pas propice » au caribou en raison de coupes forestières quinquennales faisant partie d’un plan cyclique, à perpétuité, du Séminaire de Québec. En fait, le secteur était déjà perturbé à 98,5 %, alors que le maximum souhaitable par le gouvernement fédéral est de 35%. En d’autres mots, le territoire dont il est question ne serait pas viable pour le caribou forestier, projet éolien ou non.
On apprend d’ailleurs qu’« aucune localisation tirée des suivis télémétriques effectués entre 1972 et 2019 n’est située dans la zone de projet », signifiant qu’avant la mise en enclos de la harde, le caribou forestier ne semblait pas fréquenter le secteur.
En retirant huit éoliennes et 72 kilomètres de chemin de l’aire de répartition du caribou de Charlevoix, l’impact potentiel sur l’habitat avait déjà chuté de 8,9 hectares à 0,1 hectare, soit une diminution de 99%.
Rappelons que Boralex a annoncé une série de mesures pour limiter l’impact du projet. L’enveloppe du programme de compensation est évaluée à deux millions de dollars, soit le double de celle initialement prévue, appelée à augmenter selon l’évolution des choses. Les promoteurs procéderont aussi à la fermeture de chemins selon le ratio minimum de 2 pour 1, voulant dire que pour chaque kilomètre de nouveaux chemins à construire pour le projet dans l’aire de répartition du caribou, au moins le double serait fermé et restauré. 39% des chemins prévus dans l’aire de répartition réutiliseront d’ailleurs des chemins existants et de 50 à 66% des superficies d’aires d’assemblage seront revégétalisées.

Caribou forestier dans le Parc national des Grands-Jardins (Alain Caron, 2020)
L’aire de répartition remise en doute
Entre 2024 et 2025, l’ingénieur forestier et chercheur indépendant Éric Alvarez a réalisé une série de chroniques sur l’historique du caribou forestier au Québec. Ce dernier remet en question l’aire de répartition telle que présentée dans le Plan de rétablissement 2013-2023, soutenant que les données du 19e siècle auraient été interprétées de manière extensive, fusionnant des écotypes distincts et élargissant vers le sud l’aire historique.
Après une lecture extensive des ouvrages de premiers arrivants de Charlevoix dont Samuel de Champlain, François-Xavier de Charlevoix et Gabriel Sagard, Éric Alvarez soulève la possibilité que le caribou forestier n’était pas historiquement abondant dans la région.
La harde actuelle de Charlevoix est d’ailleurs issue d’une opération de réintroduction menée dans les années 1960 et 1970, alors que des bêtes provenant du Labrador et de la Côte-Nord ont été héliportés dans la région afin de reconstituer une population disparue au début du 20e siècle. Cette disparition était alors liée à la chasse et la transformation du territoire.
Il questionne donc la vocation historique du territoire et la pertinence d’y maintenir une aire de répartition dans un secteur aujourd’hui fortement exploité. Dans le Journal de Montréal, il déclare que l’espère est « rare par nature » et se tient très, très loin de la présence humaine.
Éric Alvarez a également rappelé, dans une lettre publiée dans Le Devoir, que la diminution du caribou forestier au sud du Québec est documentée dès le 17e siècle. Il considère que la raréfaction de l’espère, dans le sud de la province, est le résultat combiné de la chasse intensive, de la colonisation et, plus tard, de l’exploitation forestière.
