Menu

Historique de la Villa Kilbeg

Par Jean-Philippe Tremblay

Le 21 novembre 1914, le Colonel Walter John Ray achète plusieurs parts de terres dans le secteur des Éboulements-Centre à Margaret Jane Coody, veuve de Thomas-Noël Tremblay et épouse en secondes noces d'Alexis Tremblay. Le Colonel Ray devient alors propriétaire de plusieurs lots où se trouvent déjà deux ou trois maisons, dont une maison monumentale construite dans la première moitié du XIXe siècle. À l'époque, il est négociant et habite la ville de Québec. L’été suivant, il fait construire une immense maison en pièce sur pièce, un « cottage » anglo-normand avec une galerie couverte sur la façade et les deux murs pignons. La Villa Kilbeg est née. Le mot signifie (petite montagne). (Le Colonel Walter John Ray est né en 1850 à Québec, son père était alors constructeur de bateaux. Il est décédé le 16 mars 1939.)

Walter John Ray, 1850-1939, collection privée de Céline Tremblay.

Construite entièrement en bois, ses murs intérieurs sont recouverts également de bois ainsi que ses planchers. On y retrouve 6 chambres de même qu’un magnifique foyer central. La villa est meublée avec goût de nombreux meubles anciens. Les murs extérieurs sont recouverts de bardeaux de cèdre teints en brun. Elle est connue localement comme la « grosse maison brune du Centre ». De par son style, la Villa Kilbeg est en fait la seule maison de ce genre aux Éboulements. La majorité des villégiateurs de l’époque qui achetaient des propriétés pour y construire des résidences secondaires le faisait dans le secteur de Pointe-au-Pic, Cap-à-l’Aigle et Saint-Irénée. Aussi, les maisons construites par des anglophones dans notre région dans un style purement américain se retrouvent dans ces secteurs de Charlevoix-Est. Elle figure dans le livre « La maison au Québec, de la colonie française au XXe siècle » d’Yves Laframboise (Les Éditions de l’Homme, 2001).

N’habitant que l’une de ses maisons durant la belle saison, le Colonel Ray loue les autres aux touristes, qui sont nombreux en ce début de XXe siècle. À son décès en 1939, la Villa Kilbeg, comme les autres propriétés du Colonel Ray, passe aux mains de ses successeurs. Les membres de la famille Ray garderont jalousement la Villa jusqu’en 1996. Elle est alors achetée par Raymond Boisvert, haut-fonctionnaire de la province de Québec, alors directeur des services financiers de la S.A.A.Q. et son épouse, Lise Arsenault. Raymond Boisvert a été notamment sous-ministre du Revenu. Les nouveaux propriétaires continuent de louer la maison à des villégiateurs.

La Villa vers 1925, collection privée de Lise Mailloux.

Malheureusement, et c’est la raison de mon article d’aujourd’hui, à 4h02 du matin, le dimanche 11 octobre 2015, les pompiers des Éboulements sont appelés pour un « système d’alarme en fonction » à cette magnifique résidence. À notre arrivée, moins de 5 minutes plus tard, la Villa Kilbeg était entièrement consumée par les flammes. L’embrasement général nous a forcés à adopter une technique défensive afin de protéger les bâtiments autour et la forêt. En quelques minutes, le toit s’est effondré et nous avons combattu l’élément destructeur durant près de 5 heures. Heureusement, les 12 touristes qui se trouvaient à l’intérieur au moment du sinistre ont eu le temps d’évacuer les lieux sains et saufs.

Les ruines de la maison au matin du 11 octobre. Photo Émilie Desgagnés

Ce triste événement cause une lourde perte pour notre patrimoine architectural.

Jean-Philippe Tremblay, co-auteur du livre « Les Éboulements et Saint-Joseph-de-la-Rive, des histoires autrement », pompier des Éboulements