Menacé d’expulsion dès ce soir : un père de famille et préposé aux bénéficiaires lance un dernier cri du cœur
Date : 21 mai. (14H49)
Arrivé au Canada en octobre 2017, Émile Diatta tente d’obtenir les autorisations requises pour demeurer au Canada en 2018, demande qui a été refusée une première fois en 2021, ainsi qu’en 2022. Son processus de renvoi a par la suite été enclenché.
Implanté au préalable à Montréal, il s’installe à Baie-Saint-Paul en 2023, où il fonde une famille avec sa femme, Saly Diatta. Ensemble, ils mettent au monde Pierre-Alphonse Diatta, maintenant âgé d’un peu plus de deux ans.
Ayant toujours eu espoir de pouvoir demeurer au pays, ce n’est qu’au début du mois de mai qu’il effectue un appel à l’aide, voyant la menace d’expulsion prendre de l’ampleur. Rapidement, le CIUSSS de la Capitale-Nationale, le député fédéral Gabriel Hardy et des partenaires locaux, tel que le SANA, se sont mis en marche. Les efforts déployés n’ont toutefois pas porté leur fruit, la Cour fédérale ayant tranché défavorablement dans le dossier, mercredi.
Le sort de M. Diatta repose donc entre les mains d’une intervention in extremis de la ministre de l’Immigration, Lena Metlege Diab. Avec un calme olympien, le néo-Charlevoisien a donc convoqué les médias pour demander la clémence du gouvernement canadien dans un ultime « cri du cœur ». Celui-ci se dit prêt à accepter son sort, peu importe l’issue. Il refuse toutefois de quitter sans témoigner son amour de son pays d’accueil :
« S’il y a une décision, on ne peut que se soumettre à cette décision. J’aurais bien aimé rester, continuer mon travail, aider le monde comme je l’ai toujours fait, mais on me demande comme quoi je dois partir, il faut que je sorte. Je ne peux rien contre les lois de ce pays. Ce sont ces mêmes lois qui m’ont fait rentrer ici. Quand les lois me disent « tu n’es plus le bienvenu », il faut accepter et partir », dit-il.
S’il devait retourner au Sénégal, M. Diatta confirme qu’il ne compte pas rester les bras croisés. « Je vais toujours me battre pour revenir et continuer ma vie de famille, ici au Québec » :
« Il le mérite »
C’est la gorge nouée que Patrick Reduron, agent de liaison au Service d’Accueil des Nouveaux Arrivants (SANA), demande aux autorités d’agir dans le dossier d’Émile Falème Diatta, « un ambassadeur » des personnes immigrantes, selon lui.
« Comme intervenant, mon job c’est d’aider, et pourquoi pas de fantasmer en tentant de sauver le monde, et là on est situation d’échec, alors ça crève le cœur », soumet-il. Pour M. Reduron, il est inconcevable que le père d’un enfant né au Canada soit séparé de sa famille, alors que ce dernier s’est intégré de façon exemplaire :
Du même souffle, Patrick Reduron déplore l’absence de financement pour soutenir les demandeurs d’asile dans leur démarche, ne laissant que très peu d’outils aux équipes du SANA pour accompagner des individus comme M. Diatta dans la connaissance des règles et de leurs droits. « Les demandeurs d’asile sont très présents dans notre région et pour nous, c’est un nouvel arrivant. […] Malheureusement […] on n’est pas mandaté, on n’est pas formé », commente l’intervenant.
Le CIUSSS se range derrière son employé
« Le CIUSSS de la Capitale-Nationale, comme employeur, accompagne monsieur Diatta dans ses démarches. Comme travailleur de la santé dans la région de Charlevoix, il participe activement au maintien d’une expertise locale qui assure à la communauté un accès à des soins et des services de santé de proximité », nous écrit le CIUSSS dans un échange courriel.
Mentionnons que M. Diatta est suivi par Me Héléna Corriveau, avocate chez BB Immigration. Cette dernière a contacté le député conservateur Gabriel Hardy pour interpeller le gouvernement canadien. Ils sont toujours en attente d’un retour de leur part.
« M. Diatta est établi au Canada depuis plus de huit ans. Nous estimons que son renvoi lui causerait un préjudice irréparable dont souffrirait également son enfant mineur canadien, son épouse, son employeur et de manière plus générale l’intérêt public canadien. M. Diatta est qualifié pour occuper le poste de préposé aux bénéficiaires. Cette profession fait face à une pénurie de main-d’œuvre importante au niveau national. M. Diatta est disponible pour porter main forte à ce niveau qui plus est en région. Son épouse occupe le même emploi. Il est ainsi de l’intérêt canadien que M. Diatta puisse demeurer sur le territoire canadien avec son épouse et son enfant », nous écrit Me Corriveau à son tour.

