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Patrimoine : la Villa Les Hirondelles sème la discorde à La Malbaie

Écrit par Louis-André Jalbert, IJL – CIHO FM Charlevoix Date : 14 avr. (5H00)
À la une La Malbaie
On n’a pas terminé d’entendre parler de patrimoine sur le territoire de La Malbaie. Après le dossier de la Maison Desbiens qui avait suscité l’émoi collectif à la suite du dépôt d’une demande de démolition par les propriétaires, voilà qu’une nouvelle résidence du chemin des Falaises est au cœur d’un débat.

Cette résidence est le 115, chemin des Falaises, connue également sous le nom de la Villa Les Hirondelles. En matière d’histoire, difficile d’être aussi importante ; il s’agit de la dernière résidence bâtie par l’architecte Jean-Charles Warren au cours des années 1925-1926.

Se démarquant par son style traditionnel, notamment par les nombreux carrelages de ses fenêtres, elle a récemment été achetée l’an dernier par un propriétaire tombé sous son charme. Ce sont d’ailleurs ces mêmes carrelages qui seront la source du conflit à la table du conseil.

Une bourde dans un permis à l’origine

Selon ce que nous explique le maire Michel Couturier, le nouveau propriétaire aurait l’intention d’investir dans la préservation de la résidence patrimoniale. Le changement des fenêtres étant nécessaire mais extrêmement coûteux, il aurait porté une demande à la Ville pour revoir à la baisse le nombre de carrés dans les petites et grandes fenêtres de la façade avant.

« Pour une raison ou une autre, il y avait un plan qui avait été présenté [par le propriétaire, mais] un permis a été partagé avec moins de carrelages », résume-t-il.

Bien que certains conseillers auraient souhaité revenir en arrière pour corriger l’erreur, le propriétaire avait déjà commandé ses nouvelles fenêtres, se basant évidemment sur le permis qu’on lui avait fournit, une commande de plus de 250 000 $, selon les dires du maire.

« Il y a eu pas mal de discussion. Est-ce qu’on dénature ce bâtiment patrimonial [en changeant le nombre de carreaux, est-ce qu’on est trop rigide ? », a énuméré le maire Couturier.

Au final, le conseil municipal a tranché lundi soir, votant à 5 contre 2 pour permettre au propriétaire d’aller de l’avant avec l’installation des fenêtres. Même M. Couturier a voté en faveur de la résolution, bien qu’il n’en était pas obligé. À savoir pourquoi il avait souhaité se prononcer publiquement, il avance qu’il tenait à mettre de l’avant « le gros bon sens », jugeant que la résidence ne sera pas dénaturée par cette modification. Il croit aussi qu’il faudra maîtriser l’art du compromis si l’on souhaite sauver les plus de 900 bâtiments ou biens patrimoniaux simplement à La Malbaie :

Un discours contradictoire de La Malbaie ?

Pour la conseillère Marie-Andrée Girard, la décision prise par la majorité de la table est inconcevable. C’est elle, avec son collègue Rolland Martel, qui a voté contre la résolution lundi soir.

Mme Girard plaide que la Villa Les Hirondelles n’est pas une maison patrimoniale comme les autres, notamment puisqu’il s’agit du dernier chef-d’œuvre de la carrière de Jean-Charles Warren. Elle déplore aussi que La Malbaie travaille actuellement, en collaboration avec la société Montréal en Histoire, sur un circuit patrimonial pour mettre en valeur le cachet historique du chemin des Falaises.

« Les modèles de 1925, on retrouvait 16 carreaux à chaque fenêtre qui faisait face au chemin des Falaises », évoque-t-elle :

« Si on fait un projet patrimoine, il faut aller dans le même sens. On vient de vivre un dossier avec la démolition de la Maison Desbiens, comment ç’a été compliqué, et là on vient traiter une maison patrimoniale, la dernière construite par M. Warren, d’une façon dérisoire », conclut la conseillère.

Rappelons que dans le dossier de la Maison Desbiens, la Ville de La Malbaie a rejeté une demande de démolition des propriétaires après la réception de 18 demandes d’opposition. Les coûts de rénovation complète s’élèveraient à 1,4 M$ selon les demandeurs, qui sont aussi propriétaires de l’Hôtel Au Petit Berger.

Récemment, le président du conseil d’administration de la Société Histoire Québec (SHQ) a souligné qu’il était possible de sauver tous les biens patrimoniaux dans Charlevoix-Est, ce à quoi le maire Michel Couturier a répondu « non ».

PHOTO – ÉDICARBO PHOTOS – Sotheby’s International Realty Québec