Quelle « solidarité régionale » ?
Date : 19 jan. (5H00)
En n’admettant pas les abonnés de la montagne de la Malbaie sur ses pistes pendant sa réouverture partielle, le Massif de Charlevoix n’a pas respecté l’entente de réciprocité entre les deux stations, blâmant ensuite le MGF d’avoir suspendu cette même entente qui est basée sur le partage des montagnes.
Au-delà de l’incohérence, c’est la séquence de mots « solidarité régionale » qui a fait sourciller bien des acteurs qui observent le contraire, à Petite-Rivière-Saint-François, depuis des années.
C’est le cas du Dr. Jean-Luc Dupuis, fondateur de CÉMA Santé, qui ne digère pas la tarification de la montagne pour les Charlevoisiens. L’accessibilité à l’activité physique étant au cœur de son discours, le docteur en médecine communautaire croit que le Massif n’a pas respecté son engagement de « redonner à la région ». Dr. Dupuis se souvient d’un temps où la montagne était encore vierge et des promesses qui ont été faites pour lancer un centre de ski. Aujourd’hui, il se dit déçu du constat.
« On nous a vendu une espèce d’esprit nouveau », se souvient-il. En 2010, le projet était décrit comme « écologique », « axé sur la protection du paysage » et « fondé sur des valeurs de respect de l’environnement et du milieu social ». Il constate que ce n’est pas le résultat observé et demande un repositionnement des propriétaires, jugeant que l’entreprise doit être un meilleur citoyen corporatif.
En ce qui a trait aux prix, Dr. Dupuis cite comme exemple Fairmont Le Manoir Richelieu, qui offre des rabais aux Charlevoisiens. « L’accessibilité du sport, ç’a été démontré [comme nerf de la guerre] au colloque », note-t-il. Jean-Luc Dupuis invite le Massif à se présenter, en 2026, comme leur absence a été notée en 2025.
Soulignons que le Mont Grands-Fonds offre un rabais de 11$, soit près de 14%, aux résidents de Charlevoix-Est pour une journée de ski.
Une lettre qui « aurait pu être écrite hier »
Les critiques envers Groupe Le Massif sont nombreuses, mais rarement concertées.
En 2024, un regroupement citoyen avait signé une lettre intitulée « Les engagements de Groupe Le Massif et la responsabilité de nos gouvernements » dans laquelle une vingtaine de signataires de différents milieux dénonçaient le non-respect des promesses d’intégrité de l’environnement, d’équité sociale et d’efficience économique. Parmi les signataires, l’enseignant en éducation physique Simon Fortin, le directeur général et artistique du Festif!, Clément Turgeon, l’ancienne candidate solidaire dans Charlevoix-Côte-de-Beaupré et professeure au CECC, Jessica Crossan, et François Lessard, un citoyen engagé dans la protection du territoire charlevoisien.
Deux ans plus tard, Simon Fortin note que « rien n’a changé ». « On pourrait remettre la lettre en une et c’est comme si on l’avait écrite hier », met-il de l’avant. Selon lui, son mouvement a été considéré « marginal » quand il représentait pourtant une constatation générale de citoyens qui ont vécu l’effritement des liens entre les Charlevoisiens et le Massif.
Une quasi-unanimité chez les élus
Le FM Charlevoix a appris, en janvier 2024, qu’une sortie au Mont Sainte-Anne était plus abordable pour les élèves du Centre de services scolaires en Charlevoix (CSSC), autobus compris, qu’une journée au Massif de Charlevoix.
L’ex-maire de Petite-Rivière-Saint-François, Jean-Guy Bouchard, avait effectué une sortie la semaine précédente, déplorant l’absence de tarification spéciale pour ses citoyens. Appelé à commenter en janvier 2026, le maire Serge Bilodeau a tout simplement indiqué que « le Massif est un pilier économique de la municipalité ».
Les inquiétudes citées dans la lettre ont été partagées par celui qui était alors préfet de la MRC de Charlevoix, Pierre Tremblay, sa prédécesseure, Claudette Simard, et l’actuel préfet, Michaël Pilote. Ce dernier avait pris position en affirmant que le Massif avait la « responsabilité » de faire un effort supplémentaire pour assurer l’accessibilité à la montagne aux gens de Charlevoix, tandis que sa collègue, Mme Simard, réclamait un rabais pour tous les Charlevoisiens. Le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, avait également effectué une sortie pour rappeler que les subventions gouvernementales de 107 millions de dollars sont dépendantes de « l’acceptabilité sociale, parfois fragile, sur laquelle ils comptent depuis 20 ans », et qu’il « serait sage que les administrateurs renoncent à traiter les Charlevoisiens comme n’importe quels visiteurs internationaux ».
À mots couverts
Dans une petite région comme Charlevoix, le silence institutionnel n’est pas rare entre partenaires, dont certains possèdent une voix dans les médias. Or, plusieurs acteurs du milieu charlevoisien décrivent un retrait progressif du Massif de l’écosystème régional, contrastant avec le discours de « moteur régional » mis de l’avant par l’entreprise et s’alignant plutôt avec ses efforts d’attirer une clientèle internationale, de même que par l’entremise du Club Med.
Silence « radio »
Groupe Le Massif n’a pas accordé d’entrevue au FM Charlevoix depuis 2022, alors que le vice-président exécutif et directeur général Nicolas Racine s’était entretenu avec notre directeur de l’information sur l’avenir de la montagne. Le seul lien entre le Massif de Charlevoix et sa radio communautaire régionale, que ce soit le service des nouvelles ou la programmation, ne se fait donc que par communiqués de presse et réponses, par courriel, de son agence de communication.

