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« Le bateau coule et le capitaine n’a pas averti son équipage » : des organismes déplorent la gestion du Centre communautaire de Charlevoix

Écrit par Louis-André Jalbert, IJL – CIHO FM Charlevoix Date : 14 oct. (5H00)
À la une La Malbaie
L’avenir est plus qu’incertain pour le Centre communautaire de Charlevoix. À la suite de l’annonce d’une augmentation de loyer de 45 % liée au départ du CIUSSS de la Capitale-Nationale, la majorité des organismes qui s’y trouvent songent à quitter définitivement le bâtiment. Mécontents de la tournure des événements, certains ont décidé d’offrir leur version des faits.

« C’est de se retrouver dans un bateau qui coule et le capitaine n’a pas averti son équipage », image Valérie Bilodeau, d’Évolution Charlevoix, dont le loyer augmentera de 13 500 $ par année si l’organisme décidait de rester.

Une hausse que l’organisme estime incompatible avec ses moyens financiers, à laquelle s’ajoutent d’autres préoccupations, notamment concernant l’état du bâtiment. Le manque de prévisibilité reproché à la direction et l’incertitude entourant l’avenir du Centre communautaire de Charlevoix obligent l’organisme à envisager un plan B :

Il faut dire que les organismes du Centre communautaire ont reçu l’avis d’augmentation autour du 23 septembre, avec une fenêtre de seulement sept jours pour fournir une réponse officielle, alors que le CIUSSS aurait signalé son départ dès mars 2026.

De plus, différents organismes disent ne pas avoir reçu l’avis d’augmentation ni les mêmes informations au même moment, une situation qui aurait alimenté les inquiétudes :

Des locataires nous rapportent aussi qu’en plus du délai minime pour fournir une réponse, un refus de l’augmentation de 45 % équivalait à ne pas renouveler le bail. Pour l’instant, Mains de l’Espoir et l’Envol nous ont confirmé leur départ.

« Comme locataire, tu as le droit de refuser ton augmentation, mais ça ne veut pas dire que tu ne veux pas [renouveler] ton bail. Bien nous, en refusant l’augmentation, ça voulait dire qu’on refusait le renouvellement du bail, et encore, l’information divergeait d’une personne à l’autre », avance Mme Bilodeau.

Aussi, même si tous les organismes décidaient d’accepter l’augmentation, il aurait été évoqué que le Centre communautaire de Charlevoix pourrait ne pas être en mesure de traverser cette épreuve financièrement. Des problèmes liés à certains gicleurs du bâtiment ont également été confirmés par la direction, une information qui serait demeurée inconnue des organismes jusqu’à tout récemment. Un bilan de santé plus global du bâtiment est aussi attendu, à la demande de la Ville de La Malbaie et de la MRC de Charlevoix-Est.

« Nos contrats d’assurance nous demandent si on a un bâtiment avec des gicleurs fonctionnels. On a tous dit oui ! », dit Mme Bilodeau.

« Je ne peux pas vous dire combien d’heures supplémentaires les directions ont faites depuis l’annonce. C’est quelque chose », ajoute-t-elle.

Mentionnons que d’autres organismes ont validé les propos de Mme Bilodeau, mais n’ont pas souhaité s’afficher publiquement par peur de représailles. « Tout le monde se sauve », a résumé l’un d’eux.

Des locaux à peine rénovés, 3 000 $ à l’eau

Mme Bilodeau déplore également le manque d’anticipation du Centre communautaire de Charlevoix, d’autant plus qu’elle vient de débourser un montant important pour la rénovation de ses locaux, il y a à peine deux semaines, soit 3 000 $.

« C’est nous qui réparons nos bureaux, c’est nous qui payons. J’aurais aimé ça qu’on me dise que j’aurais été mieux d’attendre. Nos budgets sont serrés, ce 3 000 $, j’aurais pu le mettre ailleurs, dans ma relocalisation justement. »

Communication par courriel « jusqu’à nouvel ordre »

La relation entre la direction du Centre communautaire de Charlevoix et ses locataires ne serait pas au beau fixe. Une lettre transmise aux organismes, dont le FM Charlevoix a obtenu copie, en fait d’ailleurs état.

Selon ce qu’indique la lettre, toutes les communications concernant le dossier de l’augmentation des loyers doivent se faire exclusivement par écrit à la direction du Centre « jusqu’à nouvel ordre ».

« Tout comportement, propos ou geste pouvant être perçu comme intimidant, menaçant ou constituant du harcèlement sera pris au sérieux et pourra faire l’objet des mesures ou démarches appropriées, conformément aux politiques applicables et aux recours prévus par la loi », peut-on également lire.

Des organismes avancent que cette lettre leur aurait été transmise à la suite d’échanges « francs » entre la direction et eux. Des directeurs affirment toutefois avoir communiqué leur mécontentement en tout temps dans le respect et dans un cadre professionnel.

Des inquiétudes sur la gouvernance du Centre

Les locataires s’inquiètent également du flou entourant les règlements généraux du Centre communautaire de Charlevoix. Selon les plus récentes nouvelles, la responsabilité de la gestion du bâtiment pourrait leur revenir si le conseil d’administration décidait de se dissoudre.

« Ça a fait paniquer tout le monde », indique Mme Bilodeau.

La direction défend le délai accordé

De son côté, la directrice du Centre communautaire de Charlevoix, Angela Lavoie, se défend d’avoir donné une fenêtre de réponse trop courte à ses locataires dans les circonstances.

« Oui, notre délai était court, mais on a respecté notre contrat », nous répond-elle au téléphone.

Il faut dire qu’à la suite d’une demande conjointe des organismes, le Centre a accepté de prolonger la période de réponse à l’augmentation des loyers jusqu’au 29 octobre.

« On a donné une extension, on a très bien compris leur situation », insiste la directrice.

Mme Lavoie dit avoir tenté de trouver des solutions, selon les moyens de son organisation. La Malbaie et la MRC de Charlevoix-Est ont rapidement été contactées après l’annonce du départ du CIUSSS, insiste-t-elle également. Une refonte du modèle pourrait même être réfléchie.

« On ne reçoit aucune subvention, on agit que par nos organismes à but non lucratif. On a essayé de trouver des solutions, on a travaillé notre dossier, mais on ne les a pas trouvées. L’avis nous permet de nous donner une autre année pour trouver des solutions viables. »

Soulignons que des organismes avancent cependant qu’un départ du CIUSSS du Centre planait depuis quelques années déjà et que des craintes auraient été partagées à la direction en ce sens.

Concernant les états généraux, Angela Lavoie affirme que tous les organismes auraient le droit de refuser de prendre en charge le bâtiment si le Centre communautaire de Charlevoix décidait d’aller de l’avant avec une dissolution.